Bourse Islandaise
Lauréat 2026
COMPARAISON DES MÉTHODES DE DÉTERMINATION DE L’ÂGE ET CROISSANCE DU COUTEAU DE MER NON INDIGÈNE ENSIS TERRANOVENSIS
Brève description
En 2019, le couteau de mer non indigène Ensis terranovensis a été découvert dans les eaux islandaises, marquant ainsi la première observation de l’espèce hors de son aire de répartition naturelle à Terre-Neuve (Canada), où elle a été décrite pour la première fois en 2012. À ce jour, aucune étude n’a évalué l’âge et la croissance d’E. terranovensis, paramètres pourtant essentiels à la dynamique de ses populations et à l’évaluation de son potentiel envahissant dans les écosystèmes indigènes.
Description du projet
Face à la présence croissante d’espèces non indigènes dans les écosystèmes marins islandais, leur écologie et la dynamique de leurs populations restent mal connues. En 2019, le couteau de mer Ensis terranovensis a été découvert dans les eaux islandaises, constituant la seule occurrence connue de l’espèce en dehors de son aire de répartition naturelle à Terre-Neuve, au Canada, où elle a été décrite pour la première fois en 2012. Depuis, cette espèce non indigène a établi des populations le long de la côte sud de l’Islande, mais aucune information n’est disponible sur ses caractéristiques biologiques, ce qui représente une lacune importante dans notre compréhension de son rôle dans les écosystèmes indigènes.
Comprendre l’âge et la croissance est fondamental pour évaluer la dynamique des populations, le succès d’établissement et les impacts écologiques potentiels des espèces non indigènes. Chez des espèces étroitement apparentées telles qu’Ensis leei, une croissance rapide, une forte fécondité et une large tolérance environnementale ont facilité une invasion réussie des eaux européennes. Ceci soulève des inquiétudes quant à la possibilité qu’E. terranovensis possède des caractéristiques similaires, augmentant ainsi son potentiel invasif dans les eaux islandaises.
Cette étude vise à fournir la première évaluation de l’âge et de la croissance d’E. terranovensis en développant et en évaluant des méthodes d’analyse des accroissements de croissance. Quatre méthodes seront comparées : deux basées sur les accroissements externes et deux sur les accroissements internes. L’étude évaluera l’exactitude et la précision de chaque méthode, dans le but d’identifier des protocoles fiables, économiques et rapides, adaptés au suivi futur. De plus, les paramètres de croissance seront estimés à l’aide de modèles non linéaires à effets mixtes et comparés entre les populations islandaises et terre-neuviennes. Ceci permettra d’obtenir un premier aperçu des différences éventuelles de croissance entre les aires de répartition d’origine et d’introduction. En établissant un cadre méthodologique et des données de croissance de référence, cette étude fournira une base essentielle pour les recherches futures sur l’écologie des populations et les impacts potentiels d’E. terranovensis dans les écosystèmes côtiers islandais.
Impact du projet
Ce projet fournira la première évaluation de l’âge et de la croissance d’E. terranovensis. En comparant quatre méthodes différentes d’analyse des incréments de croissance des coquilles, l’étude vise à identifier des techniques fiables et efficaces d’estimation de l’âge. De plus, les profils de croissance seront quantifiés et comparés entre les populations islandaises et indigènes. Les résultats permettront de mieux comprendre la dynamique des populations de l’espèce et de jeter les bases de l’évaluation de ses impacts potentiels sur les écosystèmes côtiers islandais. « Les espèces exotiques envahissantes figurent parmi les cinq principaux facteurs directs de perte de biodiversité mondiale et sont responsables de 60 % des extinctions recensées à l’échelle mondiale. La plupart de ces extinctions ont eu lieu sur des îles, où les écosystèmes sont plus vulnérables aux invasions biologiques. De plus, les îles sont particulièrement sensibles aux changements climatiques, qui peuvent accélérer à la fois le taux d’établissement et de propagation des espèces exotiques. Outre la menace qu’elles représentent pour la biodiversité, les espèces exotiques envahissantes peuvent également avoir un impact négatif sur les économies, la santé humaine et les moyens de subsistance. » Malgré cela, les invasions biologiques sont souvent négligées dans les discussions générales sur la perte de biodiversité. Or, face à l’augmentation de leurs impacts, l’importance de poursuivre les recherches dans ce domaine est indéniable.
Les espèces marines non indigènes constituent une composante émergente, mais encore peu étudiée, de la biodiversité islandaise. À ce jour, 36 espèces marines non indigènes ont été recensées dans les eaux islandaises, la majorité ayant été découvertes au cours des trente dernières années. Malgré cela, les capacités de recherche dans ce domaine demeurent limitées, ce qui souligne la nécessité d’études ciblées sur les espèces ayant déjà établi des populations.
Ce projet fournira les premières données sur l’âge et la croissance d’Ensis terranovensis, une espèce non indigène récemment implantée en Islande. Ces informations sont essentielles à la compréhension de la dynamique des populations, notamment des taux de croissance, de la longévité et du potentiel de croissance. Ces paramètres sont fondamentaux pour évaluer le risque d’invasion de l’espèce et pour orienter les futurs efforts de suivi et de gestion.
Pour le candidat, ce projet offre une formation aux techniques de laboratoire, à l’analyse quantitative des données et à l’interprétation écologique. Cela permettra de renforcer les compétences en rédaction et en communication scientifiques et de contribuer au développement de l’expertise dans un domaine de recherche actuellement sous-représenté en Islande.
Impact de la subvention
Ce projet repose sur l’application de méthodes d’analyse des stries de croissance nécessitant des matériaux spécifiques et une préparation en laboratoire. Environ 200 échantillons de coquilles d’Ensis terranovensis ont déjà été collectés en Islande et à Terre-Neuve et constituent la base empirique de l’étude.
Deux des méthodes envisagées, l’analyse des stries de croissance internes dans les sections de coquilles et les répliques sur acétate, sont largement utilisées dans les études de vieillissement des bivalves en raison de leur grande précision et fiabilité. Cependant, ces approches sont également les plus exigeantes en ressources. Les coquilles doivent être incluses dans de la résine époxy, sectionnées à l’aide d’un système de découpe de précision, puis polies avec des abrasifs de plus en plus fins. Pour la méthode des répliques sur acétate, les sections doivent en outre être attaquées à l’acide chlorhydrique et reproduites à l’aide d’acétate de cellulose avant d’être examinées au microscope.
Le financement demandé permettra de couvrir les consommables essentiels, notamment la résine, les durcisseurs, les abrasifs, les acides et les feuilles d’acétate, tous nécessaires à la préparation et à l’analyse des échantillons. Sans accès à ces matériaux, il serait impossible d’appliquer les techniques de vieillissement les plus fiables ou de réaliser une comparaison rigoureuse des méthodes. Cette subvention permettra donc directement de financer les travaux de laboratoire essentiels du projet et de garantir que les données obtenues soient précises, reproductibles et comparables entre les différentes méthodes.