Bourse scientifique AAJBC
Association les Amis de Jean-Baptiste Charcot

Lauréat 2025

INFIMES

Résumé

Infimes est un film documentaire qui suit Morgane, jeune biologiste marine, lors de ses missions de recherche en Antarctique. Elle y étudie entre autre la cryptofaune, forme de vie nichée dans les fonds marins. Au fil des jours, sur la base Escudero, émergent de nouveaux gestes, doutes, et hypothèses. En s’y penchant de plus près, les créatures observées en deviennent le miroir. Comment trouver sa place ? Loin des récits de conquêtes, l’Antarctique est ici un territoire à écouter avec attention et à peupler d’un nouvel imaginaire.

Le projet 

À partir du travail scientifique mené par Morgane dans les régions antarctiques et subantarctiques, le film suit une recherche de terrain consacrée aux formes de vie nichées dans les fonds marins côtiers. En étudiant la faune à l’aide de récifs artificiels, d’outils de séquençage et d’imagerie, Morgane interroge la biodiversité et les circulations biologiques. Mais au-delà des données et protocoles, le film s’attache à son parcours, à ses gestes, à ses silences, à son lien sensible au territoire et à la recherche. En mêlant observation documentaire et expérimentations visuelles, Alma propose un regard décentré sur l’Antarctique : non plus territoire de conquête ou d’exploit, mais lieu fragile, à écouter et à habiter autrement. Le film, pensé comme une passerelle entre science et création artistique, vise à rendre perceptible l’invisible, ce qui murmure, à transmettre autrement la recherche, et à inviter un large public à s’émerveiller devant des mondes souvent ignorés.

Présentation du binôme

 
Morgane Durand

« D’abord, il y a eu les mots. Les langues étrangères, la matière sonore des phrases, puis la photographie argentique — le grain, la lumière, l’ombre qui se dépose. Puis le vivant. Les herbiers, la botanique. Et soudain: la mer. La plongée d’abord – l’immersion, le souffle comprimé dans le détendeur, le corps suspendu et cette densité bleue. La science à suivi, comme une seconde plongée : plus lente, plus méthodique, pour approcher ces espèces autrement, avec des mots, des protocoles et des récits. »

Formée au Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), au sein du master de « Systématique, Évolution et Paléontologie », elle s’est attachée aux questions que soulèvent les classifications : comment ordonner ce qui se transforme sans cesse, avec quels outils, quelles hypothèses, et quels récits elles ouvrent sur l’évolution, le temps et la diversité du vivant.
Aujourd’hui doctorante, elle explore la faune benthique de l’océan Austral à travers les mini-récifs artificiels, la biologie moléculaire et la photogrammétrie, pour recenser les espèces et suivre comment ces organismes s’installent, se succèdent et colonisent l’espace au fil des années. Sa recherche se déploie en collaboration avec le MNHN, l’Université de Magallanes et l’Institut Milenio BASE au Chili, sous la direction de Nadia Améziane, Cyril Gallut, Karin Gérard et Eduardo Da Forno. Sa thèse est portée et financée par l’Aquarium de Paris, qui accompagne cette recherche et sa transmission au grand public.

Dans le froid et le silence antarctiques, entre la rigueur des protocoles et la beauté des paysages, elle cherche à donner forme à une science attentive à ce qui se dérobe : ces vies enfouies, cachées dans les interstices. Mais il ne s’agit pas seulement de science. C’est aussi un récit, une manière de dire au monde ce que les petites formes enseignent : patience, fragilité, persistance. Avec Alma, ce geste prend la forme d’un film documentaire, Infimes — pour capter la beauté de ce qui, d’ordinaire, échappe.

Alma Barbier

Cinéaste documentaire et créatrice sonore, elle s’est formée à l’ENSAV et auprès de Phonurgia, où elle a affiné son approche des images et des sons comme matières à sculpter. Pendant six années passées à Lussas, elle a mené un travail d’artiste intervenante et de coordinatrice des ateliers de médiation artistique, nourrissant un intérêt constant pour la transmission et l’expérimentation collective.

Sa recherche se situe à la frontière du cinéma documentaire, de la création sonore et de l’expérimental. Elle aime explorer les rapports entre images muettes et sons non synchrones, créer des associations inattendues qui déplacent la perception et ouvrent de nouveaux récits. En travaillant l’argentique autant que les dispositifs sonores, elle développe une œuvre sensible où le réel se mêle à l’imaginaire.